Bilan de conjoncture 2021 - Agreste Conjoncture n°3 - Février 2022

publié le 21 février 2022 (modifié le 7 mars 2022)

L’année 2021 est marquée par plusieurs épisodes climatiques violents, en particulier un gel qui frappe durement toute la région au cours de la deuxième semaine d’avril, causant d’important dégâts sur les vignes, les fruits, les cultures maraîchères, et les cultures de plein champ (cultures d’hiver). Les volumes des productions de la région sont donc très contrastés, entre baisses historiques pour les cultures touchées par le gel (vigne, fruits), et très net rebond pour les cultures de plein champ semées au printemps.

Sous l’effet de la reprise de la demande et du recul de certaines productions, les prix nationaux à la production augmentent (+ 7,5 % sur les dix premiers mois, après + 0,6 % en 2020) et accélèrent au second semestre 2021. Cette augmentation des prix ne compense pas tout à fait la hausse de 8,2 % au niveau national du prix des intrants (énergie, aliments et surtout engrais) sur les dix premiers mois de 2021.


Climatologie : Une succession d’épisodes climatiques violents

Plusieurs épisodes climatiques se succèdent en 2021. Le plus marquant est le gel de début avril. Toute la région est touchée dans la nuit du 7 au 8 avril. Cette première nuit dévastatrice est suivie d’autres épisodes de gel plus localisés de la 2ème à la 3ème semaine du mois d’avril : jusqu’à 15 nuits négatives sur certains secteurs, avec des températures très basses jusqu’à -6°C parfois.
A ces épisodes de gel s’ajoutent plusieurs épisodes de sècheresse. Le premier de ces épisodes touche le golfe du Lion dès le mois de janvier, et s’étend au reste de la région au mois de mars, entravant le développement des cultures jusqu’à la mi-mai. Le bassin Sud-Ouest connaît au cours de l’été une alternance de chaleur et d’humidité, qui favorise l’apparition de maladies. Sur le bassin Languedoc-Roussillon, la sécheresse d’août fait place en septembre à des pluies presque diluviennes. Le mois d’octobre est sec sur toute la région, à l’exception du Gard.


Grandes cultures : les cultures de printemps s’en sortent mieux que les cultures d’hiver

La sole 2020/2021 connaît de fortes variations par rapport à l’année précédente qui avait été marquée par de lourdes intempéries au moment des semis des céréales d’hiver. Les superficies retrouvent des niveaux proches de la normale. Cependant, cette campagne reste à nouveau perturbée par des épisodes climatiques inhabituels. Il en résulte une dichotomie entre les cultures d’hiver et celles de printemps. Les semis d’automne, impactés par de mauvaises conditions climatiques, connaissent des rendements au-dessous de la moyenne (jusqu’à -10% pour le blé tendre). Les semis de printemps, au contraire, bénéficient de la pluviométrie de juillet et obtiennent de bons voire très bons rendements (+11% par rapport à la moyenne et +18% par rapport à 2020).

Viticulture : Une récolte annoncée historiquement basse

La production viticole 2021 de la région atteint un niveau inférieur de 23% à celui de 2020. Toute l’Occitanie est impactée par le fort gel d’avril, mais par la suite les situations sont différentes par bassin.
Le bassin Languedoc et Roussillon connaît une période de sécheresse jusqu’aux pluies parfois diluviennes de septembre. Ces pluies entrainent une dégradation partielle de l’état sanitaire du vignoble (pourritures) mais également un grossissement des baies. Le bassin Sud-Ouest (partie Occitanie) connaît quant à lui une alternance de chaleur et d’humidité (pluies et grêle) sur toute la période favorisant une dégradation sanitaire du vignoble (apparition de Mildiou, d’Oïdium et de Black rot).
Au vu de la baisse de production annoncée, les opérateurs du marché des vins en vrac adoptent une position de prudence. Au 1er janvier 2022, le marché des vins d’Occitanie vendus en vrac est globalement nettement moins dynamique que l’an dernier à la même période, avec des prix nettement plus élevés.

Prairies : Une production contrastée

En 2021, la production fourragère est contrastée tout au long de la campagne. Sur la période printanière, la croissance est globalement ralentie par les épisodes de gel en avril, le manque d’eau au début du printemps et par la fraîcheur persistante. Ce ralentissement est particulièrement marqué sur l’Ouest de la région. Sur la période estivale, la production de l’herbe profite globalement de conditions climatiques favorables, en particulier sur les régions fourragères du nord de l’Occitanie, tandis que sur le sud de la région la pousse de l’herbe reste déficitaire. En fin de campagne, la pousse de l’herbe est supérieure à la normale pour les régions fourragères septentrionales. En revanche, la production reste déficitaire sur les zones au sud de la Garonne, la chaîne pyrénéenne et le golfe du Lion.


Légumes : Une demande et une offre globalement en berne pour les légumes d’été

La campagne des légumes d’été (tomate, melon, courgette, concombre) est marquée par plusieurs difficultés qui impactent très fortement la demande tout au long de la campagne : contraintes sanitaires, conditions météorologiques, perte d’une partie des vacanciers étrangers, et concurrence européenne. La production est aussi impactée pour la tomate et la courgette, ainsi que pour le melon dans le bassin Sud-Ouest. Le concombre, au contraire, connaît plusieurs épisodes de surproduction.


Fruits : Des cultures impactées par le gel d’avril

Le gel d’avril touche de plein fouet les fruits et les variétés les plus précoces. Le Roussillon semble avoir été relativement épargné par rapport au reste de la région et du pays, et même par rapport à d’autres pays producteurs européens.


Zoom sur la cerise

Les gelées du mois d’avril ont anéanti une partie de la récolte. Même si l’intensité des dégâts est très variable selon les zones, le mode de protection antigel et les variétés, la campagne se met en place avec des estimations de pertes très importantes. Les variétés précoces sont plus touchées que celles à chairs fermes qui arriveront un peu plus tard. La cerise est un produit fragile qui préfère évoluer dans un milieu chaud et sec, ce qui n’est pas le cas pour la phase de démarrage.
La campagne démarre début mai pour le Roussillon avec la variété Burlat, puis mi-mai pour la cerise Sud-Ouest. Les premières récoltes sont perturbées par les pluies entraînant à l’occasion des problèmes de qualité (fruits fendus). Mi-mai, la météo n’est pas favorable à la consommation. Des concessions de prix sont ainsi faites pour écouler la marchandise.
Le mois de juin débute avec une demande timide, des volumes faibles et la concurrence de l’Espagne et d’autres bassins de productions français. La cerise du Roussillon s’épuise rapidement et beaucoup d’opérateurs font le choix de terminer la campagne sur des valorisations fermes. Le pic de production pour le bassin Sud-Ouest se rapproche vers la mi-juin avec des volumes croissants. Le marché est difficile avec une demande toujours timide pour cette période. Fin juin, le temps pluvieux qui sévit depuis quelques jours, freine la cueillette, limite les apports, et annonce la fin de la campagne.

Abricot

La campagne 2021 est marquée par une transition hiver doux - gels de printemps se traduisant par une perte de récolte historique sur les bassins majeurs de production. Cependant, celui du Roussillon est moins sévèrement touché. La qualité n’est pas optimale en début de campagne et l’effet du gel a pour conséquence une prédominance de petits calibres. Pour autant, les cours sont élevés se situant très largement au-delà de la moyenne quinquennale et le restent tout au long de la campagne. Enfin, vers la fin de saison, la météo devient défavorable à la consommation au niveau national entrainant une baisse des cours.

Pêche

En 2020, la campagne avait été marquée par un déficit de production ayant touché les quatre grands pays producteurs européens : Espagne, Italie, Grèce et France. La campagne de 2021 est à nouveau impactée au niveau européen mais cette fois-ci avec une intensité beaucoup plus forte qu’en 2020. Le Roussillon, relativement épargné par le gel, est moins impacté que les autres bassins de production. Les ventes sont plus ou moins fluides en raison de conditions météorologiques défavorables surtout en juillet mais le produit reste toujours très apprécié des consommateurs. Les prix sont supérieurs de 25 à 30% par rapport à la moyenne quinquennale. La fin de campagne est marquée par une pénurie de pêches ce qui lui permettra de se négocier sur les mêmes ratios que la nectarine. Globalement et malgré la faiblesse de la récolte, les opérateurs qui n’ont pas été touchés par le gel réalisent une bonne campagne.

Prune
Les pruniers sont touchés par le gel au stade petits fruits pour les variétés les plus avancées et au stade fin de floraison pour les variétés les plus tardives. A ce stade la sensibilité au gel est très forte et les dégâts interviennent dès -0,5°C sur petits fruits. Les charges en pruniers domestiques et japonais s’en trouvent donc fortement réduites cette année sur toute la région, avec une très grande hétérogénéité d’une zone à l’autre en fonction des situations géographiques des parcelles.
Les cours sont mécaniquement élevés, supérieurs d’environ 30 % par rapport à la moyenne quinquennale. La campagne de commercialisation démarre lentement à cause de la météo maussade qui perdure une grande partie du mois de juillet. Le manque de consommation pèse sur le commerce jusqu’à la fin du mois d’août.



Source des données – Méthodologie

Les informations présentées dans cette publication sont basées sur des estimations précoces de production pour 2021 (EPP2021) arrêtées au cours de l’automne 2021, ainsi que sur le travail d’enquête et les données du réseau des nouvelles des marchés (RNM). Les estimations précoces de production sont élaborées à partir de données administratives, du suivi d’un échantillon d’exploitations, et d’informations rassemblées auprès des correspondants agricoles locaux, des organismes professionnels, des agriculteurs.