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@gro-echos décembre 2016 : Blé dur, un marché étroit, une situation contrastée

Le bilan mondial blé dur est excédentaire et la production 2016 abondante avec une qualité hétérogène pour plusieurs pays dont la France. Le début de la campagne de commercialisation est sans entrain malgré une demande forte des pays du Maghreb et des prix qui se raffermissent.

Un bilan mondial excédentaire et paradoxal  :
Alors que la production mondiale de céréales s’établit à 2 571 Millions de Tonnes (Mt), +1,5% par rapport à 2015, celle de blé dur s’établirait à 39,7Mt en hausse de 0,6% par rapport à 2015, selon la FAO au 10 novembre. Le volume mondial de production de blé dur est le plus haut depuis la campagne 2009-2010 avec un niveau de stock élevé : 10,3 Mt contre 10 Mt en 2009-2010. Le Canada, 1er producteur mondial, devrait engranger une récolte record en 2016 estimée à 7,3 Mt contre 5,4 Mt en 2015. Toutefois la situation agro-climatique suscite des craintes sur la qualité de la récolte (présence de grains fusariés et baisse du taux de protéines). Au niveau européen, l’Italie avec 4,9 Mt, deuxième rang mondial, bénéficie également d’une récolte volumineuse par rapport à 2015. La France se classe seulement en 8 ème position avec une production de 1,6 Mt en baisse de 0,2 Mt par rapport à la récolte 2015. Malgré une hausse de surfaces de 14% par rapport à 2015, les intempéries de fin mai, début juin ont fait chuter les rendements notamment en région Centre-Val de Loire de 65% par rapport à la moyenne quinquennale (2011-2015). A contrario, dans les régions du sud de la France, n’ayant pas été atteintes par ces aléas climatiques, les rendements seraient supérieurs à leur moyenne quinquennale.

Une demande forte des pays du Maghreb et des prix qui se raffermissent :
Les productions de blé dur dans les pays du Maghreb et en Turquie sont estimées en baisse pour la prochaine campagne 2016-2017, suscitant une forte demande et des prévisions d’importations importantes. Par ailleurs, les prix des blés dur de qualité pastière se raffermissent. Les problèmes de qualité rencontrés par le Canada favorisent la remontée en flèche des prix pour les blés durs de bonne qualité. Depuis septembre, les cotations FOB St Laurent du blé dur « CWAD1 » (de bonne qualité) à plus de 320 $ la tonne et le différentiel prix blé dur blé tendre est à plus de 120 $/tonne. Cette conjoncture pourrait inciter à l’accroissement des surfaces dans l’Union européenne et en Amérique du nord. Par contre au niveau national, d’après les dernières prévisions, les surfaces de blé dur 2016-2017 marqueraient le pas. En effet dans les régions non traditionnelles, les rendements catastrophiques de la campagne n’incite pas à l’augmentation des surfaces.

Un marché étroit, et des prévisions d’exportations en baisse :
Le commerce mondial du blé dur est dominé par le Canada dont les prévisions de stocks doubleraient entre les deux campagnes en passant de 1,1 Mt à 2,2 Mt. Sur le même pas de temps, les exportations progresseraient de 1,2 Mt passant de 4,5 à 5,3 Mt pour la campagne 2016-2017.
Au niveau européen, les importations de blé dur sont essentiellement liées aux besoins de l’Italie. Pour satisfaire ses besoins nationaux estimés à 6,4 Mt pour la campagne 2016-2017, l’Italie prévoit d’importer 1,8 Mt de blé dur. Le Canada occupe une place prépondérante dans l’approvisionnement extérieur de l’UE et de l’Italie. Pour le marché français, l’Italie n’est plus la première destination communautaire du blé dur. Elle est devancé par l’Espagne qui, depuis cinq ans, représente un débouché qui monte en puissance. _ Les exportations à destination des pays tiers bien qu’en forte hausse ne compensent pas le recul du débouché italien (-180 000t).
Malgré la reprise de la production de blé dur en 2015/2016, l’érosion des exportations françaises se poursuivrait pour la 3eme année consécutive. D’après les prévisions de FranceAgriMer le total des exportations de blé en grains pour la campagne 2016-2017 passerait sous la barre des 1 Mt, en baisse de 35% par rapport à la campagne précédente. Cette forte baisse s’explique par le recul de la production enregistré au niveau national.

Une situation régionale à l’inverse de l’évolution nationale :
Avec 0,7 Mt la région Occitanie se distingue de l’évolution nationale. Sous l’effet conjugué d’une hausse des surfaces et de bons rendements, la production régionale est estimée en hausse de 16% par rapport à la campagne précédente. Elle représente 46% du volume national contre près de 36% du volume moyen quinquennal (2011 à 2015). Dans un contexte de retrait des exportations françaises sur les marchés par manque de volume disponible pour l’exportation, la région Occitanie doit capitaliser sur la bonne qualité de sa récolte pour mieux se positionner à l’export. La récolte de blé dur est de bonne qualité dans le sud de la France avec 93% des lots ayant un taux de protéines supérieurs à 13% et des poids spécifiques très bons (79/80 kg/hl).
Fin octobre, la part de la collecte régionale est plus élevée que la part de collecte au niveau national. Avec 155 000 tonnes, les volumes en stocks de dépôts, propriété des producteurs sont très élevés et supérieurs à la moyenne quinquennale. Les producteurs montrent une certaine réticence à vendre alors que les prix du blé dur Port-la-Nouvelle progressent depuis septembre 2016.