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@gro-échos mars-2016 : Une campagne salade d’hiver durablement catastrophique

Un profond déséquilibre offre-demande pousse les prix à la baisse
L’automne très doux suivi d’un hiver 2015/2016 annoncé comme le plus chaud ces dernières décennies ont bousculé les calendriers de production salade. Les conséquences sont une entrée en production précoce des régions du sud et une poursuite tardive de celles du nord. D’autre part, tous les bassins de productions européens sont présents sur le marché avec leur plein potentiel : toutes les conditions sont réunies pour une surproduction conjoncturelle de salade d’hiver.
Ce sont ajoutés, en France, les tragiques attentats du 13 novembre qui ont aussi impacté le marché : Pendant plusieurs semaines les baisses de fréquentation dans la grande distribution et les lieux de restauration, entre autres, ont entraîné durablement les prix de l’ensemble de la gamme salade largement en dessous des coûts de productions. Dans la continuité, la demande en 4e gamme baisse et une part des volumes dédiés à l’industrie se retrouve sur le marché du frais, déclaré en crise conjoncturelle dès le 18 novembre.

Les conditions climatiques exceptionnelles ont aussi pour effet d’accélérer la pousse, en décalant les calendriers de récolte, et de dégrader la tenue des salades, en particulier pour l’industrie. La production espagnole, majoritairement de plein-champ à cette saison profite donc d’un avantage qualitatif sur le marché de la 4ème gamme, très exigeant en termes de fermeté du produit.

20 à 30 % des salades détruites au champ
Pour la filière salade il s’agit de l’une des pires crises conjoncturelles depuis la fin du Xxème siècle. Les prix restent, mois après mois, bien en dessous des coûts de production. Selon les périodes et les espèces les prix de vente sont inférieurs de 25 à 45% par rapport à la moyenne des 5 dernières années.
De fin novembre jusqu’à début janvier et en fonction des situations, 20 à 30% des salades sont détruites au champ, principalement en plein-champ, mais aussi sous-abri, ce qui génère des coûts de main d’œuvre dans ce dernier cas, car les techniques de production nécessitent de cueillir pour pouvoir détruire. Il n’y a aucune amélioration en janvier, et le creux traditionnel d’offre entre les deux rotations, de mi-janvier à mi-février, s’il provoque une amélioration des prix, ne permet pas aux exploitations d’améliorer leur bilan, les volumes à valoriser étant très limités. Ce n’est qu’au cours de la première décade de mars qu’une petite embellie, encore insuffisante, est observée sous l’effet d’un essoufflement de la production espagnole, alors que tous les signes d’une fin de campagne annoncé sont déjà réunis.

Une petite partie des producteurs a arrêté la campagne à mi-chemin, sans mettre en place de deuxième rotation. L’enjeu économique consiste à permettre aux producteurs de mettre en place la prochaine campagne, avec des bilans lourdement négatifs, dont on ne sait encore si les productions d’été permettront de combler les déficits.

Compte-tenu de l’avancée de la campagne et des très importantes pertes enregistrées, la saison 2015/2016 est irrattrapable avec de lourdes conséquences pour l’ensemble de la filière salade du sud de la France.